Moyens d’évacuation: Fausses croyances et erreurs communes à éviter

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Et non, la solution n’est pas une station manuelle bleue!

Comme concepteur lorsque vous analysez un projet, vous soulevez avec votre client différentes requêtes de sa part concernant les aménagements des espaces sur une aire de plancher. Vous regardez avec lui les superficies requises pour chacune des fonctions, les liens entre elles et la fonctionnalité de l’aménagement.

Est-ce que vous avez envisagé, dès la conception préliminaire, de valider avec votre client ses besoins pour le contrôle des accès et ainsi les contraintes d’aménagement dans la sélection de la quincaillerie des portes? Et non, la solution n’est pas la station manuelle bleue! Savez-vous que cette option offerte par les fournisseurs de système de contrôle n’a jamais été permise réglementairement dans le Code de construction?

Ainsi lorsque nous analysons les plans préliminaires d’un dossier, nous constatons comme consultant en Codes et normes que cette étape de validation du contrôle des accès n’a pas été réalisée ou que les recommandations d’un futur conseiller en sécurité seront intégrées dans des phases subséquentes. Les recommandations de ce conseiller ne se résument pas uniquement au choix spécifique de la quincaillerie. Certaines quincailleries, bien que disponibles sur le marché, ne respectent pas les exigences réglementaires. Sinon elles sont applicables à des situations très spécifiques.

Cependant, le fait d’éliminer cette étape dans le préliminaire peut causer des problèmes de conformité lorsque l’analyse des moyens d’évacuation est réalisée à la toute fin du projet de conception. Parfois les aménagements proposés ne fonctionnent tout simplement pas!

En effet, lors d’un préliminaire pour valider si les plans respectent les exigences des moyens d’évacuation, les architectes valident rapidement la superficie des pièces pour déterminer le nombre de personnes dans les différents espaces, ainsi que le nombre de portes requises [3.3.1.5. du CNB 2010 mod. Québec].

  • Est-ce que chacune des pièces peut comporter une seule porte de sortie ou est-ce que la pièce doit comprendre deux ou plusieurs portes?
  • Est-ce que le nombre de portes dans une pièce ou un regroupement de pièces découlerait plutôt de la distance de parcours requise à la porte de sortie ou de la distance de parcours à l’issue la plus proche?

Mais lorsque l’occupant rencontre des portes dans ces déplacements pour atteindre une porte de sortie ou une porte d’issue requise, il doit toujours être en mesure d’ouvrir cette porte. En effet, selon le paragraphe 3.3.1.13. 2) du CNB 2010 mod. Québec, une porte située dans un accès à l’issue doit permettre aux personnes qui se dirigent vers l’issue de l’ouvrir facilement sans qu’il soit nécessaire d’utiliser une clé ou un dispositif spécial, ni de connaître le mécanisme d’ouverture.

Vous êtes-vous déjà buté à une porte comportant un verrou électromagnétique? Avez-vous alors cherché le bouton à activer pour sortir de la pièce? Au pire, êtes-vous déjà resté pris dans un hall d’entrée en raison des verrous sans envisager d’utiliser la station manuelle bleue, car vous n’aviez aucune instruction sur place pour en comprendre le fonctionnement?

La recherche de ce type de mécanisme, qui doit être accompagné d’une signalisation comportant des instructions claires, ne correspond aucunement à l’intention du Code. L’intention des choix de quincaillerie est de limiter la probabilité que des personnes ne connaissent pas le fonctionnement ou les manœuvres des portes situées dans un accès à l’issue. Si la personne n’a pas les clés ou la connaissance du fonctionnement de la porte, cela pourrait retarder son évacuation ou le déplacement des autres personnes vers un endroit sûr; ce qui pourrait causer des blessures à des personnes en augmentant leur délai d’évacuation.

Ainsi lors de l’analyse des aménagements, s’il y a une porte verrouillée dans le parcours d’accès à l’issue, et que cette porte en raison de sa quincaillerie ne permet pas aux personnes d’accéder librement à une issue, c’est un peu comme si cette porte était alors un mur.

Sauf pour les logements ou les suites d’habitation, le dispositif de manœuvre de porte doit également pouvoir être actionné d’une seule main et l’ouverture de la porte ne doit pas nécessiter plus d’une manœuvre [3.3.1.13. 3) et 4) du CNB 2010 mod. Québec]. Pousser un bouton de requête pour ouvrir la porte est alors une seconde manœuvre non permise par le Code.

Historiquement, ce type d’installation a déjà été permis dans 2 types de situations :

  • Soit entre 2001 et 2004 dans le Règlement de construction de la Ville de Montréal; certaines dispositions du règlement permettaient ce type de quincaillerie.
  • Lorsqu’il y a eu officiellement des demandes de mesures équivalentes ou différentes acceptées par la Régie du bâtiment du Québec (RBQ).

Avec la lettre d’acceptation de la RBQ, cette situation est alors conforme à la réglementation pour le projet spécifique. Par ailleurs, dès que le locataire indiqué dans la lettre officielle d’acceptation quittait les lieux, la demande devenait souvent caduque puisqu’elle était accordée spécifiquement à lui. Pour demeurer conforme à la réglementation en utilisant une solution de rechange, il est alors requis de retourner voir la RBQ pour maintenir les équipements sur les portes.

Alors, comment être conforme à la réglementation sans aller en solution de rechange (mesure équivalente)?

D’abord, il faut bien planifier les circulations. Il faut identifier les circulations publiques et les circulations qui seront contrôlées.

  • Est-ce qu’il est possible de prévoir une porte pour les entrées contrôlées et de prévoir des portes pour l’évacuation?
  • Est-ce que la porte contrôlée qui s’ouvre dans la direction de l’issue peut être munie d’une gâche électrique? Il sera alors possible de contrôler l’entrée par un lecteur de carte, mais les personnes souhaitant sortir vont simplement tourner la poignée pour évacuer.

Les seules exceptions permises dans la réglementation, pour qu’une porte ne s’ouvre pas librement dans l’accès à l’issue, sont [3.3.1.13. 2)a) et b) du CNB 2010 mod. Québec] :

  • Option 1 : les portes équipées d’un mécanisme de verrouillage électromagnétique installé conformément :

o          au paragraphe 3.4.6.16. 4) : mécanisme de verrouillage 3/15 s, ou

o          au paragraphe 3.4.6.16. 5) : mécanisme de verrouillage avec déclencheur manuel d’alarme incendie rouge.

  • Option 2 : des portes qui desservent une zone de détention cellulaire ou une zone à sortie contrôlée, à la condition que le dispositif de verrouillage soit conforme au paragraphe 3.3.1.13. 6).

Nous allons revenir sur les deux options en expliquant plus clairement les conditions applicables. À noter cependant que le CNB 2010 mod. Québec a évolué en permettant l’option 1 dans les accès à l’issue et non pas juste dans les issues comparativement au CNB 2005 mod. Québec.

Notons que lorsque l’option 2 est sélectionnée, les critères de sécurité sont considérés généralement dès les premières analyses du dossier en fonction de l’usage du bâtiment, car pour être une zone de détention cellulaire ou une zone à sortie contrôlée, il faut du personnel en permanence attitré à la sécurité des lieux. En plus de la quincaillerie des portes, telle que des contacts de portes qui détectent l’ouverture des portes, il y a sans doute des caméras et d’autres types d’éléments pour valider les allées et venues des occupants.

Pour les autres types de projets, la seule solution acceptable selon le Code de construction est l’option 1 et toutes les autres solutions envisagées par le conseiller en sécurité doivent être adressées en solution de rechange auprès de la RBQ.

Donc lorsque vous appliquez l’option 1, soit le mécanisme de verrouillage 3/15 s, elle comporte certaines contraintes qui doivent être validées pour permettre son utilisation.

À la lumière des exigences du Code de construction (voir annexe 1), est-ce que le concepteur souhaitant créer de la luminosité en choisissant des portes complètement vitrées a validé adéquatement la quincaillerie si cette porte doit être contrôlée pour des raisons de sécurité?

Il faut reconnaître qu’une porte de verre nécessite souvent des charnières de type pivot qui permet difficilement d’installer une quincaillerie électrifiée qui est conforme à la réglementation. Les barres paniques, qui après un délai de 3 secondes vont pouvoir se déverrouiller 15 secondes plus tard, nécessitent des relais électromagnétiques ainsi que des fils électriques qui seront intégrés dans les cadres (souvent aluminium ou acier). L’un des problèmes fréquents constatés lors de la révision des plans est qu’une porte de verre ne permet pas d’installer une quincaillerie dissimulée respectant les exigences. Ainsi le beau design présenté au client lors des idéations du projet doit être révisé. Cette démarche n’est jamais intéressante pour conserver la confiance du client et nécessite des heures qui peuvent être difficilement facturables.

De nouveaux produits sont offerts lorsque la personne pousse sur la quincaillerie régulière de la porte; par exemple, un verrou électromagnétique qui reconnaît la force exercée. Veuillez cependant vous assurer que cette nouvelle quincaillerie est conforme aux conditions d’essai prescrites à la norme CAN/ULC-S533 et non pas seulement à des normes américaines.

La présence d’un verrou électromagnétique relié uniquement à l’alarme incendie conforme au paragraphe 3.4.6.16. 5) n’est pas automatiquement autorisée dans tous les usages. Le Code permet d’utiliser ce type de verrou électromagnétique uniquement dans deux types d’usages :

  • dans une partie d’aire de plancher aménagée en compartiment pour des chambres de résident dans les établissements de soins (groupe B, division 3), ou
  • dans une partie d’aire de plancher aménagée en compartiment pour des chambres de patient dans un CHSLD (groupe B, division 2).

Cependant même dans ce type d’usage, ce n’est pas permis sur l’ensemble de leurs aires de plancher. Il est requis de s’assurer que ce mécanisme soit installé dans des étages de chambres et de prévoir qu’en cas d’activation, un interrupteur manuel soit facilement accessible et placé à un endroit sous surveillance constante à l’intérieur des espaces verrouillés. Il faut donc un espace désigné comme un poste de garde et du personnel.

Ce type de mécanisme de déverrouillage avec déclencheur manuel d’alarme incendie rouge est préféré au mécanisme de verrouillage 3/15 s, car celui-ci n’est pas approprié dans un compartiment de chambres d’un CHSLD ou un établissement de soins lorsque les personnes ont, entre autres, des problèmes cognitifs. Il est permis d’installer ce type de mécanismes de verrouillage électromagnétique à condition de respecter les exigences de construction de l’annexe 2.

Si vous aviez envisagé d’installer ce type de mécanismes de verrouillage avec déclencheur manuel d’alarme incendie rouge dans un établissement de réunion, établissement d’affaires ou un établissement commercial, il n’y a aucune disposition dans la réglementation qui vous permet de faire ce type d’installation. Il en est de même pour les établissements de soins en logement dans les résidences privées pour aînés.

Et sur les portes d’issue?

Il y a un dernier élément à penser dans le contrôle des portes. Dans certains cas, il est requis de prévoir des niveaux de plancher qui servent de réentrée pour les cages d’escalier. En effet, on pense souvent que les portes des escaliers d’issue permettent uniquement l’évacuation pour descendre à l’extérieur du bâtiment et qu’il est possible de toutes les verrouiller. Mais lors d’un incendie, si la fumée gagne une cage d’escalier, les occupants vont préférer revenir sur une autre aire de plancher. Actuellement dans la réglementation, il n’est pas possible d’éviter la présence des niveaux de réentrée en utilisant de la quincaillerie électrifiée ou sinon il faut aller en solution de rechange.

Ainsi, il est requis de désigner les aires de plancher qui sont les accès aux aires de plancher en cas d’urgence. Cela est requis pour les bâtiments de plus de 6 étages de hauteur de bâtiment [3.4.6.18.].  Voir les exigences de construction en annexe 3.

Conclusion

Ainsi, lorsque les installateurs de contrôle d’accès vous proposent différentes solutions, il est important de valider que ces options respectent le libellé du Code de construction.

Il est donc requis, à chaque fois que vous souhaitez mettre un autre type de verrou électromagnétique sur une porte, de présenter une solution de rechange aux autorités qui analyseront adéquatement cette situation. Selon l’usage, la nature des impacts sur la sécurité, certains mécanismes sont proposés, tels que les boutons de déverrouillage d’urgence de couleur vert, pour remplacer les déclencheurs bleus ou les déclencheurs manuels d’incendie rouge dans les cages d’issue pour éviter la réentrée. Mais comme chaque dossier a ses particularités, il ne faut pas reprendre la « recette » d’un autre projet sans présenter le tout à l’autorité compétente.

Avez-vous le temps dans votre échéancier pour faire ce type de démarche? Quelle est votre marge de manoeuvre dans le cadre de la réalisation d’un projet si la RBQ n’accepte pas votre demande? Pensez-y-bien en amont de votre projet!

Par Nicole Olivier, architecte – Chef de service Formations

 

Le sujet vous intéresse? Téléchargez l’article et les annexes ci-dessous:

Technorm_Moyens d’évacuation_avril 2019

Technorm_Moyens d’évacuation_Annexe 1 – Concevoir les mécanismes de verrouillage 3-15s_avril 2019

Technorm_Moyens d’évacuation_Annexe 2 – Concevoir les mécanismes de verrouillage avec déclencheur manuel d’alarme incendie rouge_avril 2019

Technorm_Moyens d’évacuation_Annexe 3 – Accès aux aires de plancher en cas d’urgence_avril 2019

2019-04-15T20:48:41+00:00By |Nouvelles|0 Comments