Les constructions d’habitations en bois : évolution des pratiques

Éléments de contexte

Le Code National du Bâtiment du Canada (ci-après CNB) permet, depuis sa première parution en 1941, que les édifices soient de construction combustible (dont le bois) incluant la structure et les éléments non structuraux. À cette époque, les bâtiments en gros bois d’œuvre pouvaient avoir quatre (4) étages alors que ceux avec une ossature légère étaient limités à trois (3) étages. La présence des gicleurs n’avait qu’une influence (limitée) sur l’aire de bâtiment permise.

Encore aujourd’hui, le choix par les professionnels de concevoir un immeuble de construction combustible doit s’effectuer en fonction des conditions et des exigences spécifiques mentionnées au CNB, et plus particulièrement à la sous-section 3.2.2. La Régie du Bâtiment du Québec (RBQ), lorsqu’elle a adopté la version modifiée du CNB 2010 en juin 2015, a été innovatrice dans son approche de la construction combustible.

En effet, la version « originale » 2010 du CNB, telle que publiée par le Conseil National de Recherche du Canada (CNRC), limitait toujours la construction combustible à au plus quatre (4) étages même lorsque protégée par gicleurs. La RBQ, dans la foulée de son guide paru en 2013 « Construction d’HABITATIONS EN BOIS de 5 ou 6 étages », a introduit les exigences qui permettaient la construction combustible des bâtiments d’usage résidentiel et d’affaires de 5 et 6 étages. Cette ossature de bois légère fut permise selon des conditions strictes, dont la protection par gicleurs, une hauteur d’au plus 18 m au dernier étage et une aire de bâtiment d’au plus 1 500 m2 lorsque l’usage est résidentiel. Notons au passage que la version 2015 du CNB, telle que publiée par le CNRC (toujours non adoptée par le Québec), permet ce type de construction de 5 et 6 étages (certaines exigences/conditions sont différentes de la version québécoise).


Figure 1. Guide pour la construction de 5 ou 6 étages (source : RBQ)

À nouveaux matériaux, nouvelle réglementation

Parallèlement à cette avancée pour l’ossature légère, un nouveau type de construction avec des membrures de bois « massives » a fait son apparition sur le marché : le bois lamellé-collé et surtout le BLC (bois lamellé-croisé). Ce dernier type de matériaux, provenant des pays scandinaves, est arrivé sur le marché Nord-Américain au début des années 2010. La limite des six (6) étages (ossature légère) peut donc être reportée, d’un point de vue structural, à au-delà de trente (30) étages! Mais la communauté scientifique, les autorités ayant juridiction ainsi que les services d’incendie s’interrogent : est-ce sécuritaire si un incendie se déclare dans de tels bâtiments?


Figure 2. Bois lamellé-croisé (source : FPInnovationS)

Les instituts de recherche partout dans le monde, dont le CNRC, ainsi que les groupes représentant l’industrie du bois, se mettent donc au travail pour faire avancer la recherche dans ce domaine. Des essais en laboratoire (à petite et grande échelle) sont réalisés en Europe, en Amérique du Nord et en Australie.


Figure 3. Essais dans une pièce meublée avec murs en BLC exposés (source : A. R. Mediva Hevia)

N’étant pas un type de construction reconnu par la version québécoise du CNB 2010, il était alors nécessaire de présenter une mesure équivalente à la RBQ pour faire accepter la construction d’un bâtiment de plus de six (6) étages. Le projet résidentiel de copropriétés « Origine » à Québec fut présenté à la RBQ à l’automne 2014 et accepté au printemps 2015. Ce bâtiment, de douze (12) étages construit en BLC reposant sur un podium en béton armé au rez-de-chaussée (donc 13 étages au total), fut terminé en fin d’année 2017.


Figure 4. Projet « Origine » (source : Google Maps)

Par ailleurs, la RBQ publie à l’été 2015 un nouveau guide encadrant ce type de construction « Bâtiment de construction massive en bois d’au plus 12 étages ». On permet alors la construction d’immeubles résidentiels et d’affaires avec une structure de bois massif qui est encapsulée dans du gypse. Malheureusement pour les concepteurs, les surfaces de bois ne peuvent pas être apparentes avec ce guide qui se veut une mesure équivalente préapprouvée du CNB 2010 Qc.


Figure 5. Guide pour une construction de bois massive de 12 étages (source : RBQ)

Et maintenant?

Où en sommes-nous en aujourd’hui? Les recherches scientifiques se sont poursuivies au cours des dernières années démontrant qu’il est possible d’avoir une certaine surface de bois massif exposée dans les pièces et les espaces. Le CNRC publiera d’ici l’automne 2020 la prochaine version du CNB (2020) qui permettra la construction de bois massive encapsulée dans du gypse mais permettant, sous certaines conditions, d’avoir des surfaces de murs, de plafonds ou des éléments structuraux (colonnes et poutres) exposés et donc apparents. Pour l’instant, il faut présenter une mesure équivalente à la RBQ pour avoir des surfaces apparentes. Il est toutefois probable que la RBQ, si le passé est garant de l’avenir, soit assez rapide pour adopter ces nouvelles dispositions (bois apparent), soit dans la future version de son code, soit via un guide comme elle l’a fait dans le passé.

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Par Marc-André Langevin, Président

2019-09-19T18:41:42+00:00By |Nouvelles|0 Comments